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Virginie Ollivier

AUTEUR et Occasionnellement : Thérapie de la relation à soi et aux autres, Massothérapie - MANOSQUE Contact:06-85-39-70-83

Tantra: Cent Douze Méditations Tantriques (Introduction)

Tantra: Cent Douze Méditations Tantriques (Introduction)

Le mot "tantrisme" vient du sanskrit Tantra, dont la racine Tan exprimé l'idée d'extension et qui signifie d'abord "fil", "tissu", plus précisément "chaîne" ou "trame"d'un tissu: puis la texture serrée, continue d'un livre; de là, une catégorie spéciale d'écrits appartenant à la tradition hindoue, traités anonymes pour la plupart et d'inspiration divine selon ceux qui s'en réclament (1); enfin, la forme d'enseignement - -doctrine et méthode - que contiennent de tels ouvrages "tissés" par des maîtres pendant quinze ou vingt siècles. Il existe - si l'on inclut les Tantras proprement dits, les Agamas shivaĩtes, les Shamhitas vishnouites - plusieurs centaines de ces recueils, en sanskrit mais aussi dans d'autres langues de l'Inde, sans compter tous ceux que l'on ne connaîtra jamais ou qui tombent en poussière dans des bibliothèques oubliées. Les plus récents datent du XIXe siècle; les plus anciens - tel celui proposé ici - du début de l'ère chrétienne; la plupart d'entre eux furent composés dans la période qui correspond à notre Moyen Age. Mais, même pour les plus anciens, il convient d'envisager une transmission orale antérieure à leur rédaction, comme il est naturel dans une civilisation qui fit toujours confiance à ce type de mémoire et affirma la toute puissance initiatique de la parole.

(1) L'orthodoxie brahmanique en juge autrement. Elle classe les Tantras dans la Smriti (simple tradition humaine) et non dans la Shruti (Révélation primordiale). Mais craint là querelle de mots: le tantrisme vaut par l'efficacité de ses méthodes et non par son rattachement formel aux Ecritures. 

Transmission orale antécédente, et peut-être de beaucoup; peut-être même, selon certains, "pré-aryenne". Mais ici les questions surgissent. Qu'étaient au juste ces Arya qui pénétrèrent en Inde par le Penjab, nous dit-on, entre 2000 et 1500 avant Jésus-Christ, à moins que ce ne soit bien plus tôt? Une race, non pas. Un groupe de clans indo-européens, venu du "Nord", mais quel nord? Par qu'elles étapes? L'Iran, on en est au moins sûr puisque là se produisit une scission. Mais avant l'Iran? Et qu'elle sommes de connaissances apportaient déjà ces rudes nomades? Avec leurs chevaux et leurs armures métalliques ils soumirent les autochtones de l'Inde, entre autres les Dravidiens, lesquels étaient "Noirs", mais d'où venaient à leur tour ces Noirs, dont bien des éléments laissent penser qu'ils étaient plus civilisés que leurs conquérants? Connaissaient-ils déjà quelque chose qui ne s'appelait pas encore tantrisme mais qui en portait les germes? Pratiquaient-ils une forme de yoga? Vénéraient-ils déjà le dieu Shiva, à coté de ces "Déesses Mères" que l'on retrouve partout à cette époque, en Asie, en Afrique, en Europe méditerranéenne? Sitôt soulevées ces question, on les délaisse, et l'on s'en consolera doublement; d'abord en songeant que tous, envahisseurs et envahis, devinrent finalement "hindous"(1) à part entière; puis en sachant que ces Hindous eux-mêmes ont toujours manifesté la plus profonde indifférence à leur propre Histoire, au sens occidental de ce mot. Étaient "aryens" pour eux, où l'étaient devenus, les membres des trois castes supérieures, qu'elles que fussent leurs origines ethniques.

(1) Ce terme (que les natifs de l'Inde n'apprécient pas toujours) est d'origine persane. Il connoté le fleuve Sindhu (l'Indus). Toutes les terres que trouvait au-delà de ce fleuve le voyageur venant de l'ouest étaient "l'Inde"; aussi bien les plaines septentrionales de l'Hindoustan que le Dékhan (le sud), cet immense plateau triangulaire qui sépare le golfe Arabique du Golfe du Bengale.

Laissant maintenant de coté la questions des origines du tantrisme dans le temps - et si nous voulions chercher celles-ci dans l'espace nous aurions les mêmes difficultés à déterminer, entre Cachemire, Bengale, Rajasthan, Mithila, etc...,quelle fut la région où il apparut en premier - voyons plutôt comment celui-ci se "situe" dans l'immense déroulement de la Révélation.

Les Tantras se présentent comme la forme d'enseignement spécialement destinée aux hommes du Kali-yuga, c'est à dire du dernier des quatre âges du cycle humain actuel. Il est malaisé et sans intérêt ici de préciser quand à commencé et quand finira cet "âge sombre" ou cet "âge de Kali", selon une autre lecture; les traditions varient quelque peu à ce sujet et certains chiffres, cités ici ou là, paraissent surtout destinés à embrouiller plutôt qu'à faciliter les calculs. Quoi qu'il en soit, le Kali-yuga, que l'on met souvent en parallèle avec l'"âge de fer" de l'Antiquité gréco-romaine et avec l'"âge du loup" de l'Edda nordique, est caractérisé, selon la doctrine hindoue, par une dissolution de toutes les formes spirituelles, éthique et sociales, par un éloignement sans cesse croissant et de plus en plus accéléré du principe divin, - la situation de l'homme "moderne" dans cette perspective, étant celle d'un homme "déchu". Alors, disent les Écritures, le "taureau du Dharma" (la Loi traditionnelle) ne se tient plus que sur un pied - il à perdu les autres à chacun des âges précédents - si bien qu'il est près de s'effondrer et disparaître. En revanche, Kali, l'énergie ténébreuse, est complètement réveillée. Cette Shakti, quand elle n'est pas intégrée et maîtrisée, quand elle se disjoint de son pole spirituel, de son "Époux" Shiva, peut devenir une puissance dévorante et mortelle pour l’être humain et le cosmos entier. Si l'on reprenait le symbolisme du tissage qu'évoque le mot Tantra, on pourrait dire encore que de cet univers la Conscience est la chaîne et l'Energie la trame. Que l'une des deux vienne à manquer et le tissu de défait, le Livre ne peut plus s'écrire.

Le tantrisme à parfois été appelé le 'cinquième Veda". En effet, bien qu'il ne cache pas son dédain pour les anciennes spéculations et disciplines contenues dans les quatre Vedas orthodoxes, on ne saurait affirmer, d'un point de vue pénétrant, qu'il est en contradiction avec eux. il apparut plutôt comme une réadaptation et une réactualisation de la "Loi" destinée à une humanité pendant ses quatre ages (Sanatana Dharma). Il se veut ouvert à tous, sans distinction de race, de caste, de sexe (1) ou de croyance. En déduira-t-on qu'il s'agit d'une simplification, voire d'une vulgarisation de l'antique Sagesse? Il y aurait de cela peut-être si l'on considérait que la façon quelque peu "magique" dont le petit peuple de l'Inde vit cet enseignement au jour le jour. Mais, d'un autre coté, les Tantras sont les livres les plus ésotériques de la tradition hindoue. Rédigés en un langage "crépusculaire" (sandhya bhasha), souvent chiffré, à une signification multiples, on ne peut simplement pas les lire sans posséder certaines clés; bien plus, les comprendre intellectuellement ne sert pas à grand-chose puisque l'essentiel - la pratique - fut toujours transmis oralement ou dans une relation initiatique avec un guru. Aussi le caractère apparemment "ouvert à tous" du tantrisme ne doit-il pas faire illusion.

(1) Certains Tantras précisent que la voie de l'Energie suprême est ouverte "même aux neutres", ce que l'on peut entendre par "eunuques" (surtout depuis l'époque musulmane) ou par "homosexuels". La voie du tantrisme n'est pas fermée aux premiers car la mutilation physique n'altère pas nécessairement la virilité intérieure. Quand aux seconds, il existe pour eux des formes d'initiation particulières.

Des qualités très précises et peu courantes ont toujours été exigées de l'aspirant. Le plus souvent citée est virya, l’héroïsme, la "virilité" mais entendue en un sens fort différent de celui qu'on lui donne ordinairement: quoique libéré du "triple lien" (honte, haine, peur), le "héros" tantrique n'atteint pas au type "divin" des âges antérieurs, auquel la contemplation pure suffisait pour obtenir la Délivrance; mais, à l'autre extrême, il se distingue du type humain inférieur foisonnant dans notre agendas sombre: vulgum pecus, disait le poète latin, pashu ("bête", "bétail des dieux"), selon les shivaĩtes.

Quand on écrit tantrisme, ce mot est bien sur assez vagues et recouvre une profusion de rites, de pratiques, de techniques, d'écoles, de "sectes"(1), pour ne rester que dans le cadre de l'Inde (puisqu'il existe aussi un tantrisme tibétain dont nous ne dirons rien ici); On peut seulement d'une manière très prudente, "contourner" l'univers tantrique, chercher en quoi il se différencie des autres voies traditionnelles, le Vedanta et les yogas de connaissance et de dévotion.

(1) Ce mot doit être employé avec précaution à cause de sa connotation péjorative moderne. Outre la distinction classique entre tantrisme shivaite, vishnouite et shakta, on oppose souvent la Voie de la Main droite à la Voie de la Main gauche. Notre livre n'étant pas sectaire, nous ne nous y attarderons pas.

1. Le tantrisme possède une base métaphysique rigoureuse et, dans ses branches les plus intéressantes tout au moins, il est aussi résolument "non dualiste" que l'adwaita-vedanta. Cependant la connaissance intellectuelle pure, à ses yeux, ne suffit pas à obtenir la Délivrance. Celle-ci - même à ne l'envisager qu'au sens un peu extérieur de sortie de la "roue des connaissances" - n'est possible que par l'intermédiaire d'une Shakti, d'une puissance, d'une intense énergie. Cette énergie est la couleur spécifique du tantrisme, sa vibration intime. Elle donne même à la Délivrance une signification nouvelle: non pas fuite hors du monde mais liberté active dans un monde recréé.

2. La place éminente accordée à l'énergie entraîne une revalorisation tout à fait éclatante du corps. Définir le tantrisme comme la "voie du corps", toutefois, prête à équivoque. Le corps n'y est pas un objet d'idolâtrie comme dans le monde contemporain. Il est, bien plus, ni moins, l'instrument nécessaire, le lieu inévitable de la réalisation spirituelle. en raison de l'absence constamment affirmée entre le macrocosme et ce "microcosme" qu'est le corps humain: "Ce qui est ici est partout, ce qui n'est pas ici n'est nulle part." Or cela ne peut s'entendre que si l'on considère non seulement le "corps grossier", le corps "physique" au sens populaire du terme, mais aussi et surtout le "corps subtil", qui n'en est pas un "double" mais qui en constitue la source et le prolongement. En I'Occident, on méconnaît souvent que le but du hatha-yoga, même s'il n'est pas utilisé tantriquement, est la maîtrise de ce corps d'énergie et non pas simplement la "santé" ou le "bien-être".

3. Un autre traitement caractéristique de tantrisme, directement lié aux deux précédents, est l'importance métaphysique et opérative du principe féminin. La société aryenne, sans du tout opprimer la femme (1), possédait cependant une forte base patriarcale; historiquement, le tantrisme représenterait donc une résurgence d'un culte "pré-aryen" de la "Grande Mère", de la Nature primordiale et souveraine. Rappelant brièvement cette thèse devenue assez classique chez les indianistes, nous ne voulons pas replonger dans les incertitudes du début des cette introduction. Il est certain que pour l'initié tantrique le "retour à la nature" ne débouche en rien sur un "naturalisme" extasié. Ce qu'il a en vue, c'est de réintégrer les deux principes polaires que représentent le Dieu et la Déesse, Shiva et sa Shakti, pour reconstituer l'"Androgyne" suprême, antérieur à la dualité. La Déesse, la Femme, toute femme exprimé à la fois la puissance du désir et celui de la libération. Elle voile et elle révèle. Elle aveugle et illumine. Le monde est son jouet et son miroir. Sans elle Shiva, l'Homme, tout homme ne serait qu'espérer pur, inactif, inaccessible, lumière dans chaleur. Ou encore, selon une autre image traditionnelle, cette "argile sèche" avec laquelle le potier ne saurait modeler aucun vase, faute d'eau.

(1) Aux temps védiques, la femme paraît avoir eu licence de choisir son époux. Plusieurs textes, nous la montrent aussi participant brillamment à des joutes métaphysiques. La prééminence masculine est plutôt le fait de l'Inde "classique" puis de l'occupation musulmane. Le tantrisme, en tout cas, vénère et exalté la femme que le bouddhisme primitif et même hélas un certain Vedanta orthodoxe ont tendance à présenter comme une cause de dégradation pour l'homme.  

4. Puisque le tantrisme s'adresse avant tout à des être "héroïque" et plus ou moins proches de l'embrasement final, il s'encombre encore moins de morale que de théologie. Mais une certaine liberté qu'il prend par rapport aux règles usuelles de la société brahmanique ne peut s'interpréter en termes d'anarchistes ou de banale subversion. Ici transgresser veut dire transcender, consommer signifie consumer. L'initié "consume" le monde des apparences et réalisé l'Eveil le plus intense au sein même de la matière. Manger de la viande, boire de l'alcool, par exemple, sont des "poisons" pour le commun des hommes. Mais, pour le Tantrika, ils deviennent des "remèdes": "Ce qui cause la chute doit servir à l'élévation."

Encore faut-il préciser que ces consommations prohibées ne sont pas communes à toutes les écoles et que, de toute façon, elles doivent s'accomplir dans un rituel rigoureux et une atmosphère sacrée. Quand aux pratiques sexuelles qui ont tant effarouché les Occidentaux du siècle dernier et qui attirerait plutôt, pour de tout aussi mauvaises raison, ceux du notre, elles plongent dans une vision cosmique de l’Éros que nous ne pouvons développer maintenant, mais où la morale, en toute objectivité, n'a que faire. Deux exemples suffiront à la fois à limiter et à élargir le problème: quand les Tantriques proclament que le seul amour pur et véritable est l'amour adultère, et non point l'amour conjugal, ils ne font que reprendre une pensée chère à bien des poètes de l'Inde, qui ne sentent nullement le souffre; et quand ils paraissent justifier l'amour incestueux, faisons aussi là la part de la provocation et du symbole: en "langage crépusculaire", "caresser les seins de sa sœur" signifie éveiller le chakra du cœur, "introduire son organe dans la cavité maternelle" signifie percer le chakra de la base.

5. Il existe une affinité particulière entre le tantrisme et shivaisme. Certes, chacun des deux autres grands dieux de la "Trinité" hindoue - Brahma qui crée et Vishnu qui préserve - possède son Energie propre. Mais ni Saraswati la Savante ni Lakshmi la Radieuse n'ont la puissance bouleversante des Shakti de Shiva (...) Et cela peut se comprendre si l'on trace en quelques mots ce qu'est Shiva dans le Trimurti: Bienfaisant et Terrible, Thérapeute et Destructeur, Linga fécondant et feu qui dévore, Temps implacable, Danseur Cosmique, Androgyne suprême, dieu de l'érotisme sacré tout comme du yoga et de la haute ascèse. Dieu "transformateur" avant tout, qui arrache toutes les choses à leurs formes pour les rendre à leur principe. Poètes, yogis, amants et brigands, aventuriers des grands et des petits chemins, tous ceux qui sortent de la "norme" sont attirés et protégés par ce Dieu. Les Grecs anciens l'assimilèrent à leur Dionysos et certains ont vu en lui la plus antique divinité du monde. Rares sont ceux qui peuvent n'adorer que l'aspect mâle et transcendant de Shiva. Qu'on les dénommé Shakta ou autrement, presque tous ses dévots ont besoin, à un moment où à un autre d'en appeler à l'une de ses "déesses", l'une des innombrables facettes de on Energie.

6. On a souvent comparé l'hindouisme à un Océan où toutes les religions, tous les "fleuves" spirituels de l'humanité viennent se retrouver et se confondre. A fortiori, on ne saurait qu'artificiellement isoler le tantrisme du reste d'une tradition si universelle et si cohérente. Le tantrisme shivaïte, dans son aspect le plus élevé, rejoint la transparence illimitée de l'adwaita-vedanta. Le tantrisme de Shakta, dans son abandon absolu à l'énergie de la Déesse, se distingue peu de la bhakti krishnaite (1). Le hatha-yoga est tellement imprégné de tantrisme qu'il est impossible d'imaginer ce qu'il serait sans lui, - ou bien il est trop facile de le voir à travers les déformations modernes de cette discipline. S'il existe donc bien une vision tantrique du monde, elle se situe par-delà ce fond commun et ces formes interchangeables, et pourrait se retrouver dans d'autres traditions étrangères à l'Inde: par exemple dans l'énergétique taoïste, par sa passion des analogies et des correspondances; dans le bouddhisme zen, par le côté direct et parfois violentes de ses méthodes; jusque dans l'alchimie chrétienne médiévale, par son souci de transmuter la matière première du corps et d'unir le "Soufre" au "Mercure" (2). Serait tantrique tout homme qui assume la vie dans tous ses aspect, purs et impurs, sans fuite d'aucune sorte, et qui, pour retrouver l'Esprit, se ferait d'avantage à la Nature qu'à l'Esprit lui-même. Serait tantrique tout homme qui percevrait l'univers au niveau énergétique et vibratoire plutôt qu'en formes classées et jugées selon un "bien" et un "mal". Serait tantrique tout homme - et éminemment toute femme - pour qui jouissance et Délivrance ne s'opposeraient pas mais se magnifieraient l'une l'autre. Nous admettons pourtant ce que tous ces mots, ainsi jetés à la va-vite, ont d'équivoque et de facile. Ce n'est qu'en interrogeant humblement un grand texte de la tradition qu'ils s'éclaireront un peu, - à moins que l'on n'ait le rare bonheur de rencontrer un maître "vivant", ou "vivante".

(1) "Fou, dit le Sammohana Tantra, celui qui voit une référence entre Rama (avatar de Vshnu) et Shiva." La prolifération des formes dans l'hindouisme, au début suffocante, semble avoir pour fonction profonde d'amener le chercheur à la vacuité puis à l'éblouissement de la non-dualité.

(2) Dans l'alchimie indienne, le Mercure est appelé Rudra-virya (sperme de Rudra, c'est-à-dire de Shiva). Encore aujourd'hui, certains yogis tantrique se nourrissent de Mercure comme d'un élixir de longue vie.

7. Qui dit voie dit tôt ou tard déviation. C'est ainsi que le tantrisme à pu parfois dégénérer en magie, "noire" ou "rouge" selon les expressions convenues. Mais on est alors bien loin de son esprit. La magie, si l'on veut du moins garder une sens un peu précis à ce mot, est une science cosmologique expérimentale, qui ne va pas au-delà de la Nature, tant elle est captivée par ses phénomènes. Or ce genre de maîtrise sur le monde intermédiaire, cet art de manipuler telle ou telle influence dans un but qui dépasse rarement la satisfaction d'une simple passion terrestre, ne peuvent distraire tout au plus qu'"en passant" un homme qui cherche le principe ultime de son être: qu'il l'appelle Conscience ou qu'il l'appelle Energie. Un Tantra n'a rien de commun avec un grimoire quelconque et, si l'on en fait mauvais usage, la faute n'en revient pas à l'enseignement. On verra en tout cas que le texte ici présenté ne permet à aucun degré ce genre de confusion.

(...)

Le Vijnana-Bhairava, avec ses 163 versets de deux vers chacun, se présente comme une sorte de dialogue initiatique entre le dieur Shiva: Bhairava et sa Shakti: Bhairavi. (...)

Nous avons donc concentré toute notre réflexion, pour dire plus vrai tout notre cœur, sur les 112 instructions centrales de Bhairava, qui sont comme autant d' "ouvertures" vers lui, littéralement de "bouches". On sera frappé par l'extraordinaire variété de ces méthodes, sont le nombre en réalité est infini comme les formes de l'Existence car chaque instruction, comme les poupée russes, en contient plusieurs et de plus, loin d'enfermer le lecteur dans un système, laisse le champ libre à son imagination créative. (...) Car le Vijnana-Bhairava est avant tout un livre de vie, qui n'est pas destiné à des ascètes professionnels cachés dans des ermitages de montagne, ni à des spécialistes occidentaux confits en shivaisme, mais qui peut être doit toucher des hommes et des femmes en tout temps et en tout pays, pourvu qu'ils aient l’âme sérieuse et aventureuse.

Les 112 voies d'accès vers l'infini vont des méditations les plus âprement métaphysiques à des actes aussi triviaux que l'éternuement, en incluant avec une belle équanimité toutes les émotions de l'existence, depuis la joie de retrouver à l'improviste une personne aimée jusqu'à la panique sur un champ de bataille, toutes les techniques traditionnelles indiennes mais transposées ici et recréées avec une fraîcheur et une acuité saisissantes. Aucun livre sacré de l'Inde, à notre imparfaite connaissance, ne possède à la fois une telle rigueur et une telle "fantaisie", si l'on ose risquer ce mot, une telle continuité dans son axe et une telle verve dans le détail, une telle subtilité troublante, presque "surréaliste", dans la perception et une telle générosité virile. 

(...)

Cent Douze Méditations Tantriques - Le VIJNANA-BHAIRAVA TANTRA

Traduit et commenté par Pierre Feuga (Editions Accarias L'Originel)

Introduction

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