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Virginie Ollivier

Auteur, Naturopathe et Sexothérapeute. Thérapie de la relation 06.85.39.70.83

On a viré l'éclairagiste!

On a viré l'éclairagiste!

Ce soir vous allez au théâtre!

Il fait doux, vous arpentez votre appartement pieds nus. Vous enfilez votre plus belle tenue, un peu de parfum.

C'est un rendez-vous important, vous le savez. Une rencontre.

Lorsque vous passez la porte de l'immense édifice baroque, les lumières vous émerveillent. D'innombrables lustres de verre descendent du plafond pour s'arrêter juste au dessus de vos têtes. Chaque facette des cristaux reflète l'intensité lumineuse des multiples ampoules qui vivent au sein de ces écrins de lumière.

Vous vous avancez lentement vers la salle de représentation. Sans savoir pourquoi, un stress, une angoisse, commence à vous envahir.

Vous avez été invité. Un billet, dans votre boite aux lettres, il y a un mois.

INVITATION

"Vous êtes enfin prêt à voir"

RDV le 10 à 21h

Théâtre du Grand Palais

C'est aujourd'hui que tout bascule

 

Depuis un mois les questions n'ont cessé de vous submerger. Qui? Pourquoi?

Vous avez demandez autour de vous si d'autres avaient reçu la missive. Certains se sont mis en groupe et ont essayé de remonter à la source.

Mais rien, non rien, ne vous a apporté de réponses.

La salle est grandiose, justes proportions de cet édifice merveilleux. Des tentures bordeaux recouvrent les murs, des moulures dorées, des lustres, encore des lustres,  comme une armée de méduses suspendues au ciel.

Chacun s'installe, les places sont numérotées. Il ou Elle vous connait si bien, c'est angoissant. C'est exactement la place que vous auriez choisi. Les sièges sont profond, un cocon de confort, une vue imprenable sur le rideau rouge sang qui va bientôt s'ouvrir. 

Le silence, l'attente. Vous sentez qu'autour de vous chaque individu ne sait pas ce qu'il fait là. Les angoisses combinées s’entremêlent, puis... comme un détonateur, la lumière s'éteint. C'est le noir complet, obscur et dur.

1H30, une heure trente dans l'obscurité totale.

Vous avez entendu le rideau rouge sang glissé. Vous avez entendu les acteurs arriver, jouer, les décors s'installer. Certains d'entre vous ont eu l'espoir secret que les lumières se rallument avant la fin.

A combien de temps avez vous estimé la tolérance à l'obscur? 10, 20, 30, 40 minutes?

Vous les entendez sur scène, peu à peu vos sens s’aiguisent, vous discernez des bruits de fond. Vous commencez à reconnaître les personnages à la lourdeur ou à la légèreté de leurs pas sur le sol. Leurs voix prennent plus d'importance et bientôt leurs paroles.

Le texte vous parait creux, la lumière manque, il faudrait pouvoir voir. Mettre une image sur chacun d'eux. Par manque de lumières vous vous rendez compte que vous souhaiteriez que le texte soit plus précis, plus étoffé, plus dense. Qui sont-ils aux fond ces personnages, que pensent-ils, qu'est-ce qui les animent? Chacun vous demande un effort, un effort de compréhension, avec le peu d'informations que vous avez. Vous essayez de comprendre. Qui sont-ils vraiment?

Vous vous rendez compte au fur et à mesure de l'avancée de l'histoire que tous les personnages portent le même prénom LE VOTRE

-Je n'arrive pas à savoir qui tu es?

-Ouvre les yeux!!

-Je n'y vois rien!!

-Je ne vois pas plus que toi!!!

-Ça me rend folle. RALLUME!!

-Je ne peux pas!! NOUS ÉTIONS TOUS D'ACCORD POUR VIRER L’ÉCLAIRAGISTE

 

1H30, La représentation est terminée.

Une toute petite lumière s'allume au fond de la pièce, près de la scène. SORTIE DE SECOURS.

Dans un silence de mort, vous regardez autour de vous. Si tous les personnages portaient mon prénom, tout ce monde aussi alors.

AU SECOURS, allons... angoissante disposition, le vide.

Doucement vous vous levez, chacun s'observent, peu tentent de rentrer en contact. A bas mots, timide, la perte du sens qui vous animait jusqu'ici. Plus personne ne sait qui il est. La dés-identification est totale. La jolie robe, le beau costume ne suffisent plus pour se définir.

Il va falloir parler, regarder à l'intérieur, dire ce que l'ont ressent, qui on est vraiment.

Dans la nuit noire que vous arpentez pour retourner à votre appartement, les images se bousculent.

Des images... comment des images peuvent émerger d'un noir totale.

Des questions, des parallèles, des transversales.

Qui êtes-vous? Celle qui sautille sur scène, le pas léger quand l'espoir jaillit. L'espoir de quoi? L'espérance macabre que l'autre vous sauve. Oui mais l'autre c'est vous, cet autre qui fait le dur parce qu'il est mort de peur, parce que tout est agression. Comment pourrait-il vous sauver de vous-même alors que vous êtes votre propre agression. L'autre encore qui s'invente une vie ou tout va bien, dont les paroles sont vides. Son dernier resto, l'émission télévisée qu'il regarde pour s'empêcher de penser, toutes ces actions qu'il met en place pour ne pas penser à la petite vie misérable qu'il s'invente de toutes pièces pour ne pas accepter le bonheur d'être en vie. 

Pourquoi alors cette envie de pleurer, cette envie profonde de déverser toutes les larmes de votre cœur. Tout est faux. Une envie subite de savoir, de connaître qui sont ces gens présents ce soir. "Venez, venez dites moi qui vous êtes, qui je suis!!" Mais tous on fait comme vous. Tout le monde c'est éparpillé. L'égo a déjà pris le dessus, il ne veut pas savoir. Il vous a déjà isolé de la réponse. Surtout NE CHANGE PAS!!!!

Et si vous imaginiez que toutes les personnes sur cette planète ont le même prénom que vous?

Vous prenez alors conscience de l'horreur de la chose. Vous êtes celle qui arpente les allées de cette grande surface, scrutant chaque vitrine à la recherche du graal à moins de 30 euros. Vous êtes ce clochard la main tendue, qui demande une pièce, un regard, une attention, celui qui accepte que 5 centimes c'est toujours ça de prit, mais qui au fond de lui aurait préféré un billet de 5 euros, celui qui attend de recevoir. Vous êtes cet autres encore qui s'investit dans une organisation caritative pour soigner sa blessure d'enfant, pour s'amender de toutes les fois ou il n'a pas su donner. Vous êtes celle qui reste là, qui observe, qui demande des réponses, celle qui ne parle pas d'elle par peur d'être juger, mal aimée, rejetée. Vous êtes tous ceux qui n'osent pas dire stop, qui accepte par bienséance, la rage mielleuse de l'autre, vous êtes cette rage mielleuse.

Vous êtes surtout cette pseudo belle personne, bonne et condescendante, cet être de lumière qui ne veut pas voir l'obscur. Celle ou celui qui allume une bougie en plein jour et la laisse se consumer. Nous avons viré l'éclairagiste. Nous lui avons reproché de vouloir mettre de la lumière dans l'obscur. 

Au moins, si vous vous prenez les pieds dans le tapis, vous pourrez dire que c'est de sa faute, que vous ne l'aviez pas vu, qu'il n'avait rien à faire à cette place. Putain de tapis, putain de meuble. Putain de victime! Putain que c'est doux d'être une victime.

 

Vous prenez conscience que vous êtes toutes ces personnes et bien d'autres encore, vous prenez conscience que vous n'êtes PERSONNE.

JUSTE UN FAUX SELF PARMI TANT D'AUTRES.

Virginie Ollivier, éclairagiste, décors et personnages de cette nouvelle.

 

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