Une histoire d'inceste.

Publié le par Virginie Ollivier

Inceste et pédophilie. letoucherducoeur.fr

Inceste et pédophilie. letoucherducoeur.fr

Aujourd'hui j'aimerais vous parler d'un sujet qui me tient à cœur: l'inceste et la pédophilie.

Oui je sais! c'est sans doute surprenant de lire que cela me tient à cœur. Quand je me présente sur mon blog, je vous dis que "je ne vous parlerai pas de choses que je ne connais pas". Ca y est vous avez une piste...

C'est un sujet délicat n'est ce pas? D'ailleurs, prenons les réseaux sociaux par exemple, on parle de guerre, d'écologie, de politique, d'amour, d'expansion de conscience etc etc mais très très rarement de cela.

Pourquoi?

Parce que c'est tellement horrible, parce que c'est honteux, parce que c'est culpabilisant, parce que, parce que, parce qu'il y a mille raisons de passer cela sous silence. Mille raisons bien conditionnées et conditionnelles.

Je connais les violences faites à un enfant, je les ai vécu, je les ai travaillé, je les ai analysé.

Cette mémoire traumatique est venue percuter mon coeur, mon corps, mon âme, la chair de ma chair, mes viscères, mon sang, il y a quelques années.

Au moment où je connais cet acte, par le biais d'un étranger sur mon bébé... je le reconnaît.

C'est un ouragan dans la vie!

Vous êtes sur bateau en pleine tempête, pas une petite marée non, une vrai grosse tempête de merde, qui vous chavire, vous fait vomir, crier, pleurer d'effroi, de panique, de douleur, de peur, de colère.

A l'époque je suis soignante, je crois que mon chemin est de sauver les autres sans penser une seconde qu'il est de me sauver moi. Je côtoie la mort, la souffrance, les plaies du corps et de l'âme. Mais je mets tout cela a l'extérieur.

Je me pose juste une question, mais ce depuis toujours, qui je suis?

L'univers, l'autre là haut, ou l'autre en toi comme vous voulez, en a peut être marre à ce moment là de m'envoyer des signes que je ne vois pas et cela depuis toujours.

"Ok tu veux pas comprendre!" Me dit il. "Tu veux un électrochoc? Et bien je vais t'en donner un!"

Quel enfoiré celui là quand il a une idée en tête.

Mais, je l'ai demandé non? Oui

Alors voilà, il sort le grand jeu.

Qu'est ce que ça fait? Qu'est ce que ça m'a fait à moi?

UN CATACLYSME!

Au début j'étais anéanti, à plat, vidée, morte même je crois. Très rapidement je suis passé en mode guerrière, meurtrière même. Je ne dormais plus, quand je dormais, quand j'étais éveillée, je faisais des plans sur comment tuer un pointeur, ces plans devenaient de plus en plus pervers, le but changé, il fallait qu'il souffre encore et encore avant de mourir. Je mourrais chaque fois un peu plus avec lui.

Pourquoi?

La culpabilité.

Le sentiment profond que j'y étais pour quelque chose, que j'aurais pu changer les choses, me changer moi pour ne pas que cela arrive.

Bien sûr j'avais autour de moi beaucoup d'empathie et d'amour, nombreuses ont été les personnes qui me réconfortaient, qui me disaient que je n'y étais pour rien.

Au fond de moi pourtant je savais que c'était faux.

Je vous passe les détails des deux années qui suivirent où ballotés de pedo-psy en police des mineurs et autres associations aux victimes, on se sent plus déboussolé qu'autre chose.

La colère fausse tout.

Elle crie vengeance.

Les jours, les mois, passent. Les questionnements changent.

J'oublierai même en cette période, la véritable question à se poser à ce moment là. Et cette petite puce, alors, qu'est ce qu'elle en pense de tout ça? Oui elle était là la véritable question à se poser. Moi et mon ego à la con on l'avait oublié.

Et Vlan! Re-culpabilité! Non! Là ça suffit, ressaisie toi ma grande!

Peut être fallait-il en passer par là pour comprendre.

Je me suis mise à l'écouter, vraiment. A entendre ce qu'elle avait à me dire, ce qu'elle ressentait. Ensemble nous avons fait des choix... Ensemble.

Cet événement a touché toute la famille, Il a boulversé nos vies et ce dans tous les sens du terme. Il nous a fait grandir. J'ai des enfants merveilleux, capables de communiquer, de partager d'écouter et surtout gonflés d'amour à bloc.

Nous arrivions à un équilibre certain quand nous nous rendîmes compte, avec mon compagnon, que toutes les personnes que nous rencontrions alors avaient subit dans leur enfance le même type de violence.

J'ai le bonheur de partager ma vie avec un homme extraordinaire, un chercheur, un explorateur en développement personnel. Nous sommes deux thérapeutes, un peu perchés certes, mais ne voit on pas mieux du haut de l'arbre?

Le constat était édifiant.

Comme nous travaillons énormément sur nous, voici la question qui nous traversa l'esprit à ce moment là: Qu'est ce que cela vient nous dire?

Il nous a bien fallu plusieurs jours avant que l'ego pète et que la réponse se fasse au jour. Victime ou bourreau peu importe nous avions vécu nous aussi ce moment.

L'une des caractéristiques de l'homme c'est qu'il a un instinct de survie à toute épreuve. Même tout petit et malgré le fait que certains pensent encore que l'enfant n'a pas conscience de sa conscience, je crois qu'il est capable des mêmes réactions conscientes et inconscientes que l'adulte.

Il m'a fallu de nombreux mois pour remonter à la source. Des mois composés de jours si différents. Des jours d'envie farouche de trouver la genèse de cette histoire, des jours de fatigue, d'abandon même. Oui c'était difficile, et je crois qu'inconsciemment je faisais tout pour ne pas y aller.

Parallèlement, je travaille sur ma généalogie, et je sais que nous sommes chargés des blessures non résolues de nos aïeux.

Celui qui veut avancer fait le chemin.

Les expériences se renouvellent donc jusqu'à ce que l'on ait compris le message.

Je comprenais donc pourquoi j'avais à mon tour transmis cela et pourquoi j'avais ressenti autant de culpabilité 3 ans plus tôt.

Je voulais me libérer certes mais libérer aussi ma descendance,et mes ascendants qui avaient eux aussi vécu cette expérience, et comme quand Un s'éveille il agit pour le monde, je voulais libérer à ma petite échelle le monde.

J'ai finalement réussi à faire émerger ce souvenir.

Il faut dire que je l'avais bien enfoui, bien caché. J'avais creusé un puit et je l'avais jeté tout au fond, puis j'avais recouvert ce puit de nombreuses couches de terre et de béton aussi. Il faut dire que j'étais toute petite et qu'il fallait vivre. Il faut dire aussi que j'étais si petite que je ne connaissais pas la différence entre ce qui est admissible ou pas, mais que mon agresseur lui le savait. Alors pourquoi étais-je chargé de culpabilité? Parce que lui, connaissait la différence entre l'admissible et l'inadmissible et lui a ressenti de la culpabilité et il en était tellement chargé que moi, petite éponge j'ai tout absorbée.

Mettre à jour ce moment m'a permis de comprendre tellement de choses concernant ma personnalité.

-Pourquoi, je m'étais comportée de telle ou telle manière, pourquoi j'avais cette carapace très masculine, pourquoi je me comportais de telle ou telle manière avec les hommes et les femmes.

-Il m'a permis de comprendre mon petit coeur, et tous les enfants. Pas seulement, ceux a qui c'est arrivé, non, il m'a permis de me reconnecter à ma sensibilité d'enfant.

-Il m'a permis de travailler sur la culpabilité.

-Il m'a permis de travailler le pardon. Quel épreuve, le pardon. On ne peut pardonner à l'autre que si on s'est pardonner à soi-même.

-Il m'a permis de réintégrer mon féminin et mon masculin.

-Il nous a permis de partager, de grandir dans l'amour.

Et tant d'autres choses encore.

J'ai voulu comprendre, victime et bourreau. J'ai creusé ce puit et celui d'autre. J'ai découvert qu'on ne déterre pas des cadavres, non, on déterre la lumière, elle jaillit du fond du puit et vous inonde de vérité et d'apaisement.

Je ne considère pas les rencontres avec d'autres adultes ayant une histoire similaire comme un hasard. Le hasard n'existe pas, les rencontres délivrent toutes un message. Ces actes peuvent prendre des formes bien différentes. Ils peuvent parfois paraître insignifiants, ils sont parfois violents, souvent pervers. Ce n'est que la forme. Dans le fond, ils font des enfants puis des adultes blessés, déboussolés. Il génèrent quelquefois des maladies (endométriose, cancer, dépression...), des âmes sans corps, des questions sans réponses, un brouillard dont on ne sait d'ou vient la fumée.

Aujourd'hui cette lumière est venue rejoindre toutes celles que j'ai pu mettre à jour sur mon chemin.

Je crois qu'il est temps pour moi, de la partager, d'apporter mon aide, mon soutien, mon écoute. De partager avec vous les clés qui m'ont été donner dans cette expérience pour ouvrir les portes de l'apaisement.

Parce que je ne vous parlerais jamais d'une chose que je ne connais pas.

Avec tout mon Amour.

Virginie Ollivier.

Publié dans Thérapie individuelle

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Aude 22/06/2016 16:14

Cette lecture m'a ramenée 15 ans en arrière, quand le temps s'est arrêté dans un bureau de pédopsy un 15 novembre 2001, alors que j'avais amené mon enfant pour troubles du comportement que je croyais naïvement en lien avec un divorce.
Cette expression du temps qui s'arrête a vraiment été palpable par tous mes sens. Le choc, l'assourdissement, l'étourdissement, la peur, la haine, la culpabilité, les scénarios de meurtre élaborés avec précision, toujours plus fous les uns que les autres, l'envie de hurler, de faire comme si c'était pas vrai, de hurler encore et hurler que je ne pourrai plus croire, jamais, en RIEN.
Vomir tous les détails du passé et se dire que tout était là, flagrant sous nos yeux, et je n'ai rien vu. J'aurai du m'en douter, c'était si évident qu'il y avait un problème! Pourquoi je n'ai pas vu plus tôt?
Je me souviens être morte. Je me souviens que la seule solution était de mourir avec mon petit pour tout oublier. Comment vivre après ça??

Et puis guetter cet enfant que l'on a privé de son innocence et de ses rêves. Le voir courageux, si courageux d'avoir au péril de sa vie oser tout dire, malgré les menaces. Comment ôter la vie à un enfant alors qu'il pousse un cri pour renaître?

Le chemin a été long, semé d'embûches. Les lois ont changé, désormais c'est la présomption d'innocence et l'affaire d'Outreau bat son plein avec toutes ces conclusions qui effraient les juges.
La police me demande si j'ai conscience de briser la vie de quelqu'un, mais mon fils, ils ne s'en préoccupent pas. Les enfants sont des menteurs, les mères leur fabriquent des mensonges... c'est bien connu dans des cas de séparation!!

La rage toujours plus grande, la solitude, la méfiance, la cavale...

Ma grand mère m'offre cette phrase magique «la Vie ne te met jamais d'épreuves sur ta route que tu ne pourras surmonter. Alors si l'épreuve là se présente, c'est que tu es capable de l'affronter et de la dépasser.»
Oui nous avons appris, beaucoup. Sur l'amour, l'intégrité, l'amitié, le juste et le bien. J'ai appris que mon enfant n'avait pas été abandonné par Dieu, au contraire, Dieu lui a donné la force de parler et m'a donné la force d'écouter et de me battre 6 longues années devant les tribunaux.

12 ans plus tard, un dépression post partum profonde. Une analyse de 9 mois et une révélation: tout est cohérent. Un jour j'ai été à la place de mon enfant, dans ma propre famille mais personne n'est venu à mon secours, tout le monde avait fermé les yeux.

Alors ce combat j'ai compris que je l'avais mené pour mon fils mais aussi pour la petite fille au fond de moi qui continuait à ne pas comprendre, à se croire indigne d'amour, à se croire méchante et dont les curseurs de tolérance étaient pour le coup déréglés (ce qui explique que je n'avais rien vu pour mon fils).
J'ai compris aussi que cet inceste et toute la maltraitance qui l'accompagne est une affaire de famille qui remonte bien au delà.
Il fallait que quelqu'un dise stop pour que s'arrête le processus, et grâce au courage d'un petit garçon alors âgé de 4 ans, l'interdit a pu être posé.


Vous lire remue tellement de choses... vos mots sont si précis, si exacts... Mais aujourd'hui je regarde le chemin parcouru en remerciant la Vie pour cette renaissance.

Virginie Ollivier 23/06/2016 10:09

Merci infiniment Aude, pour cette mise à nu. Je crois en effet, que c'est ainsi, en montrant qu'il y a un lien entre toute chose et que c'est en brisant la loi du silence qu'on se délivre, que d'autres auront envie de faire le chemin et de se délivrer à leur tour.
Merveilleuse journée à vous.
Avec tout mon amour
Virginie <3

EveLyne 21/06/2016 10:05

Je ne peux que reconnaitre mon cheminement.
Merci Virginie pour ce témoignage.
Prend bien soin de toi

Virginie Ollivier 21/06/2016 21:10

Merci Evelyne

Oliver 19/06/2016 22:10

Très beau témoignage, Virginie <3

Virginie Ollivier 21/06/2016 21:10

Merci Olivier